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Pourquoi en serait-il autrement ?
Date : 28 mai 2019

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Bonjour,

D’entrée de jeu, je veux remercier les organisateurs de ce symposium de m’accorder l’honneur de vous parler ce matin.

Cette conférence souligne non seulement une étape importante mais nous permet de nous pencher sur l’avenir du caractère bilingue de notre pays dans le contexte numérique du monde contemporain.

J’aborde cette tâche avec modestie mais investi de la petite expérience des dernières années passées à transformer un télédiffuseur traditionnel sur le déclin en une entreprise média multiplateforme performante, ici et aussi à l’étranger. J’y reviendrai un peu plus tard.

Ce qui nous réunit aujourd’hui est une discussion relative au bilinguisme à titre d’un des accommodements fondamentaux de la construction du Canada en tant que nation.

Ce premier contrat social d’accommodement entre deux peuples fondateurs européens, les deux cultures et langues fondatrices – dans le cadre d’une relation imparfaite et évolutive avec les peuples autochtones – suivi de l’arrivée de gens de cultures et de langues variées. Comme vous le savez, c’est ça l’histoire du Canada.

Le concept de la dualité des langues officielles soutien le fondement de notre potentiel illimité à titre d’un pays de plusieurs peuples différents. Il fournit un cadre formidable de respect et d’accommodement, ce qui nous enrichit et nous améliore comme pays. Ce concept alimente des compétences de collaboration efficace, d’inclusion véritable et de courtoisie partagée.

In my view, these are critical assets that have and will continue to directly contribute to advance our future economic and social success as a nation. Our ability to successfully go forward constitutionally, economically and socially as a country is fundamentally enhanced by the bilingual character of Canada.

So how do we design a renewed vision for Official Languages legislation to ensure the revitalization of our bilingualism?

To begin, it seems clear that we should find ways to extend and enfranchise the concept of bilingualism to more Canadians, whether they speak both official languages or not.

This and many other questions need to be carefully explored with an eye on the digital future.

Hence, it is good to take stock of the last fifty years. Equally or more important is the need to urgently plan decisive action to ensure the next half-century continues the work of building a compassionate, resilient, economically vibrant and progressive Canada for future generations, en anglais et en français.

I will therefore focus my comments and raise a few questions, mostly, looking ahead.

Ne nous leurrons pas, la protection de la vitalité des langues officielles dans un monde en changement et de plus en plus numérique, est une tâche difficile.

Mais ce n’est pas impossible.

Nous devons calmement réfléchir sur l’évolution d’une langue –– et par le fait même d’une culture –– et la projeter dans l’avenir.

Comment peut-elle être cultivée? Comment peut-elle s’épanouir ?

Nous devons penser de façon différente puisque nous baignons dans le changement.

En se tournant vers l’avenir et en nous penchant sur les mesures à prendre afin de nous assurer que le Canada maintienne son engagement envers un modèle progressif de diversité et d’inclusion avec le français et l’anglais à titre de langues officielles, nous devons tenir compte de la portée et l’ampleur de ce grand chantier de changements.

Nous avons vécu des transformations technologiques remarquables qui nous donnent des percées inimaginables dans plusieurs sphères d’activité, comprenant tous nos outils de communication.

Commençons par la base. Nous devons comprendre que nos moyens de communication ont changé du tout au tout et ce, à tous les égards.

Prenons les communications au foyer. En 2004 plus de 90% des foyers en Amérique du Nord avaient des téléphones de ligne terrestre. Aujourd’hui, seulement 40% des foyers en sont équipés alors que 50% des foyers ont uniquement des téléphones cellulaires. Et bien que nous les appelions toujours des téléphones – appareils de communication vocale – les groupes démographiques en croissance les utilisent rarement pour la communication vocale, préférant les messages texte.

Nous avons tous une anecdote à cet égard: Voici la mienne. Mes filles répondent presqu’immédiatement à tout texto que je leur envoie…mais seulement exceptionnellement, et je veux dire vraiment exceptionnellement, répondent-elles à un appel de ma part. Elles se font un point d’honneur de ne PAS activer la boîte vocale de leurs appareils. Je n’y comprends strictement rien, mais voilà.

Surprenant ? Au cours de l’histoire, n’avons-nous pas été témoins de plusieurs itérations ou modifications de langage et de l’évolution de son emploi ?

Pourquoi en serait-il autrement ?

When you step back, and assess the big picture, it becomes clear: Every element of our societal structures is in transition.

Joi Ito of MIT Media Labs calls it a process that is “replacing the very operating system of society itself”. This is profound disruption producing accelerating and greater change than we have perhaps ever witnessed.

Let’s bring it back to language. In the context described by Joi Ito, is it overstated to suggest that our relationship to language is not conditioned and determined by the software, artificial intelligence, devices and platforms we use in our everyday lives?

How could it not be?

It leads you to wonder: How is our basic human instinct for verbal communication evolving as we integrate and adopt sophisticated technology in almost every human experience?

As we move away from keyboards to voice activation as the way we command technology, will languages acquire a new significance? How will language develop in a world where sensor technologies capture, interpret and communicate emotions and facial expressions? All these smart assets will aggregate data that will be processed by algorithms to produce insights, outcomes and impacts, including language. Don’t kid yourself, algorithms are not neutral. They are basically opinions embedded in math. Will the character and personality of algorithms not come with the language and cultural influences of their authors?

Again, how could it not be?

À l’avenir, si nous voulons une législation efficace pour nous assurer que les langues officielles continuent de définir le caractère de notre pays, ce sont des exemples des questions qui doivent être soigneusement étudiées pour redéfinir cette vision renouvelée. Clairement, cet enjeu est majeur et doit être envisagé différemment dans une perspective de groupe linguistique minoritaire ou majoritaire, selon le cas.

Voilà pourquoi la volonté de la Ministre Mélanie Joly de réviser la Loi afin de la moderniser pour l’âge numérique m’interpelle.

Deux millions de Canadiens vivent et parlent le français en situation minoritaire.

Un regard sommaire de l’évolution de la situation porte à réflexion: bien que la population du pays continue de croître, la proportion de ceux qui peuvent converser en français diminue de façon continue depuis trente ans. (StatsCan); au cours de la dernière semaine, un nouveau sondage révèle que, bien que plusieurs Canadiens supportent toujours le bilinguisme en théorie, en pratique, de moins en moins de parents se soucient que leurs enfants apprennent le français: seulement 69 pour cent y voit de l’importance, en baisse de 86 pour cent en 2001. (G&M/Environics) Bien que plusieurs facteurs puissent expliquer cette situation, est-ce possible que ces résultats soient un reflet de l’impact de notre environnement numérique émergent ?

Pourquoi en serait-il autrement ?

There is ample evidence to suggest that tech fuelled innovation across many if not most economic and societal sectors is reducing the impact of the public policy toolkit that worked in the 70s, 80s, and even the 1990s. Consider the change we are witnessing in fintech, hotels and hospitality, agriculture, mining, transportation, or the promise of blockchain applications. We need new public policy measures customized for change and short-term cycles of renewal to maintain relevance.

And turning back to our topic today, we need to seriously reconsider how to truly modernize the Official Languages Act, and other legislation that have bearing on the concept of linguistic duality, like the Broadcasting Act, which as you know is currently under review by a panel of experts.

The precipitating cause of these reviews is simple: the internet has transformed the way people of all dialects communicate, engage with each other….and consume content. It has given us entirely new ways to access cultural, informational, and educational products.

To put it simply, there are basically only two possible responses for this dynamic and transformative digital marketplace:

Either we continue to practice business as usual or we must adapt and reinvent our models.

Oui, c’est possible de réinventer.

Chez Groupe Média TFO – nous qui avons un mandat de sauvegarder et de promouvoir la vitalité de l’éducation Franco-Ontarienne – la position est claire; l’innovation doit être au cœur de toutes nos démarches.

Et nous avons un peu d’expérience avec cette dernière – se réinventer et innover.

Au cours des dernières années, GMTFO a vécu une transformation culturelle par le biais d’un engagement à se réinventer ou comme l’a si bien énoncé l’auteur futuriste Alvin Toffler, en se concentrant constamment aux tâches d’apprentissage, désapprentissage et de réapprentissage.

Nous avons transformé un diffuseur public traditionnel en un acteur numérique avec une empreinte robuste en Ontario et au Canada en se focalisant sur les forces derrière les changements de tendances de consommation médiatique. Nos canaux numériques ont accumulé juste en-deçà de 800 millions de visionnements à partir des endroits les plus évidents jusqu’aux endroits les plus inattendus de la planète. Nous avons changé les fondements de nos stratégies d’entreprise en ce qui a trait à la production, l’acquisition et la distribution de contenu afin de donner un service réactif et dynamique pour nos auditoires cibles.

Ce faisant, nous avons constaté que nous pouvions avoir une plus grande portée et devenir des exportateurs de contenu éducatif de langue française, de l’Ontario, aux États-Unis et vers plusieurs autres nouveaux marchés internationaux, tout en conservant notre identité profonde et notre raison d’être, et même trouver de nouvelles sources de revenus. Dernièrement, nous avons vendu deux de nos séries d’émissions éducatives produites ici en Chine et, au cours des deux premiers mois, elles ont été visionnées plus de 8 millions de fois!

Nous sommes fiers de ces résultats. Cependant, nous ne tenons rien pour acquis et nous continuons notre apprentissage, désapprentissage et réapprentissage afin de garder notre pertinence.

Donc, avec les leçons apprises lors de notre périple d’innovation numérique, je vous offre quelques commentaires personnels relatifs à l’approche de l’actualisation de la Loi sur les langues officielles du Canada.

Let’s begin with the obvious: the primacy of English on the Internet is almost absolute.

Estimates range…somewhere between 70 to 80 per cent of the content on the Internet is in English.

The overall amount of French language content available sits at between 5% and 7%. This lamentable amount of French language content stands in contrast to the 300 million French speakers and the 29 countries where French is an official language. We have work to do!

The Internet has brought people from around the world together and has permitted countless economic and social innovations.

But language has been homogenized.

And why does this matter? Well, it’s been said that “the limits of my language mean the limits of my world” (Wittgenstein).

And so, is there any doubt that language profoundly affects your experience of the Internet, what you do online, what you access, from news to fiction, fake and folly, and everything in between?

How could it not be?

This is the place where so much of modern life now unfolds:

90% of all Canadians use the internet.

86% have a broadband internet connection at home.

74% of Canadians spend at least 3-4 hours online every day.

52% of Canadians have five or more internet connected devices in their home.

Mobile purchases increased to 40% in 2018 from 12% in 2014.

And by the way, 62% of Canadians prefer making online purchases from Canadian businesses. That proves once again, that while we want choices, we like to buy home-grown stuff.

Cela m’amène à vous poser la question suivante. Au cours de la vingtaine d’heures que vous allez passer en ligne cette semaine, quelle est la langue du contenu que vous utilisez ?

Un chercheur Israëlien du nom de Neil Gandal a étudié les langues en ligne, plus particulièrement les habitudes en ligne des Québécois.

Il constate que le Québécois de langue française utilisateur moyen d’internet passe plus des deux tiers de son temps sur des sites de langue anglaise. Ce qui plus est, plus l’utilisateur était jeune, plus il utilisait du contenu de langue anglaise.

Nous avons tous vu la preuve de l’évolution de la langue en ligne : des formulations abrégées aux mêmes et hashtags (mots-clic), un nouveau lexique de l’âge numérique émerge — pour le meilleur ou pour le pire — en temps réel sur nos écrans.

Cette évolution langagière est au cœur des échanges humains et d’une vision commune.

Puisque les nouvelles générations forgent leur identité en ligne, nous courons le risque que ces identités soient surtout influencées par une culture et du contenu anglophones.

Comme je vous l’ai indiqué plus tôt, à l’heure actuelle, seulement 5% à 7% de tout le contenu sur internet est de langue française.

Je vous souligne que ces pourcentages sont le reflet du contenu de langue française sur Netflix (6%) et YouTube (5%).

Ce n’est pas un nouveau défi. L’anglais est depuis longtemps la Lingua Franca de l’internet. Mais, à mon avis, plus nous continuons sans nouvelles stratégies et nouvelles mesures pour améliorer la place relative du contenu de langue française, plus sa situation sera en péril. Ce qui me ramène au point que j’ai énoncé au début :

Our policy of two official languages nurtures the heart of our greatest potential as a country of many, different peoples and numerous accommodations. It provides a formidable framework of respect and understanding that makes us richer and better as a country. It fuels competencies of meaningful collaboration, genuine inclusion and shared civility.

Our ability to successfully go forward and succeed, economically and socially, as a model country of the 21st century, is fundamentally enhanced by the bilingual character of Canada.

Let me be clear: The changes we need are pressing. This cannot take the regular course of legislative reform. The passage of time is playing against our best interests.

We are at a point of inflection of the most urgent nature.

We need to respond to the questions mentioned earlier and many more.

We need to look ahead and anticipate the measure of emerging innovations ranging from AI to implants.

We need to develop new practical measures to modernize our Official Languages legislation and other areas of public policy that will contribute to the solution-building mode we must emphatically adopt to enhance the digital presence of the French language.

Sur une base urgente, nous devons nous mettre à la tâche de produire plus de contenu original canadien, surtout mais non exclusivement de langue française, et ce, dans toutes les catégories tout en se donnant les moyens de le rendre accessible le plus rapidement possible.

Cela exige de nouvelles ressources financières réservées non seulement à la production mais également à rendre le contenu actuel et futur découvrable.

D’office, le prochain budget fédéral devra prévoir de nouvelles mesures de financement annuel permanent à l’appui de ces initiatives.

Nous devons penser sans contrainte: inventer de nouvelles façons de faire, se donner de nouvelles conventions.

Nous devons développer de nouvelles alliances avec l’industrie et les parties prenantes.

Nous devons, de concert avec nos partenaires internationaux (UNESCO, l’OIF), avoir une approche musclée et ferme dans tous nos efforts axés sur l’action.

J’étais très heureux de voir le gouvernement fédéral soumettre une Charte numérique pour les Canadiens la semaine dernière dans laquelle se retrouvent des objectifs et des principes aspirationnels pour notre époque.

La Charte numérique pour les Canadiens est une brillante initiative. Il s’agit maintenant de mettre de la viande autour de l’os.

J’ai bon espoir, alors que le gouvernement fédéral mette en œuvre cette Charte rapidement et aille de l’avant avec sa réforme de la Loi sur les langues officielles et la Loi sur la radiodiffusion, par le biais de solutions locales qui soient adoptées, promulguées et soutenues de façon significative.

And finally, we must seek ways to develop new technology enabled approaches to grow the appeal of French as a second language.

We need to find ways to move the perception of bilingualism away from that of an obligation mandated by government, to a perception of personal opportunity that appeals to the heart.

Pourquoi en serait-il autrement ?

Merci.